Le jour où je fis un podium

Presque 11 heures de course… Après avoir été 5° depuis un moment, je viens de passer 4°. Même si je sais que le chemin est encore long, je n’en reviens pas d’être à cette place… Devant moi, les 3 premiers paraissent intouchables. Et derrière ?
J’entends alors le speaker annoncer que l’actuel 2° (Olivier) va s’arrêter à son 100° tour. Mécaniquement, me voilà sur le podium ! Un podium virtuel pour l’instant ! Moi qui n’ai jamais connu çà. Et je fais quoi là ?…

Les 24h de Saint Fons : une épreuve dont j’ai beaucoup entendu parler. Mais tourner en boucle pendant 2 tours d’horloge autour d’un stade, au milieu d’un paysage pas vraiment fun, cela ne me faisait pas rêver. ET pourtant, on me dira plusieurs fois que ce n’est pas pour le paysage que l’on vient… On vient chercher autre chose…
Le TALC organisé en 2015 (un off sur les pentes de Fourvière pour communiquer pour notre course l’Ultra Boucle de la Sarra) me permettra de découvrir ce que « tourner en rond » veut dire. Et j’avoue y avoir pris du plaisir en me testant mentalement sur ce type de format. Le contexte à Saint Fons sera quand même différent (pas le même paysage, pas de D+, un tour plus court, bref une monotonie bien plus évidente). Je souhaitais donc en avoir le cœur net. L’occasion se présente cette année, étant rarement le week-end pascal sur Lyon. Bingo, inscription envoyée en début d’année.

Côté préparation, j’ai trouvé un plan fait par Bruno Heubi sur 8 semaines (dont je ne ferai que 6 semaines pour cause de courses locales sur lesquelles je suis déjà engagé). 4 sorties par semaine, c’est un max pour moi car il faut trouver le temps. Mais je le prendrai très sérieusement, et ce malgré l’envie d’aller faire les Cabornis dans mon jardin 3 semaines avant.

L’objectif ? Faire au moins 180km. Quand je regarde le classement des années précédentes, çà fait un top 10, voir un top 5. Allez, banco ! Et si la forme est là, pourquoi ne pas aller chatouiller le record de Biscotte = 193 km !! Ouf ! Ca c’est dit, on verra bien sur place. Je m’attends surtout à passer une nuit difficile, comme ce fut le cas lors du TALC l’an passé. Je m’y prépare donc, pour moi la course devrait se jouer là. J’ai même trouvé sur le net un plan de progression paramétrable en fonction de la vitesse estimée, en expérimentant un bout de méthode Cyrano (un peu de marche parmi beaucoup de course). Il ne faudra pas trop trainer au ravito (tant pis pour le papotage, on le fera après). Un exemple ici pour le plus ambitieux (fourchette – très – haute).

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A l’approche de l’échéance, et curieux de voir comment çà fait de jouer au hamster autour d’un stade, je viens même faire une reconnaissance sur site pendant 2h, histoire de commencer à m’imprégner des lieux. C’est que Saint Fons, j’en ai déjà entendu parlé bien sûr. Quelques amis l’ont déjà fait, mais je n’avais jamais eu l’occasion de visiter les lieux. Ce sera chose donc faite à J-15. Et non, on ne tourne pas toujours dans le même sens !… Pour un tour qui fait officiellement 1,001 km.

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Arrivé sur place le samedi matin, je retrouve Jean-Louis (venu faire le 6h en crocs) et Stéphanie. Dans la salle, des participants prenant le petit déjeuner. Les matelas sont déjà installés, tout comme les affaires des concurrents.

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Il règne une ambiance particulière, familiale. Tout ce petit monde de l’ultra de la route se connaît. Et çà parle de 100km, de Loire Intégrale, de TransGaule, de 24h divers et variés. Beaucoup d’habitués reviennent ici chaque année. C’est plutôt bon enfant et çà me plait bien. Arrivent ensuite les amis Anthony, Bernard, Gilles, Eric, avec lesquels je vais partager les sentiers du parc de Saint Fons, au rythme des 24 heures qui nous attendent.

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Samedi 10h. Tout le monde se regroupe près de l’arche de départ, là où seront comptés les tours. Nous partons avec les 6h. Les 12h, quant à eux, partiront dans 12h pour finir avec nous. Ce qui fait que nous serons « seuls que » 6 heures. C’est bon ? Vous suivez ?

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Et PAN les hamsters sont partis !
Un peu de papotage au début avec Bernard et puis chacun part vite dans sa bulle. D’ailleurs çà part même très vite tout court. Moi qui voulait tenir le 9,5 km/h dès le départ, je me fais aspirer par la meute. De fait, je suis au-dessus de 10 au bout de quelques tours. Ben… On verra bien…
La stratégie adoptée :
1) Je cours un tour
2) Je cours un tour
3) Tous les 2 tours, je m’arrête au ravito et je marche pendant une centaine de mètres. En fait, j’ai trouvé un repère (qui sera même un peu plus loin quelques heures plus tard…)

Les premières heures se font sous le soleil, c’est vraiment agréable. Il faut en profiter car la nuit est annoncée très pluvieuse, à priori à partir de 1 heure. Et puisqu’on parle d’heure, nous allons vivre en direct le passage à l’heure d’été pendant la nuit. A défaut de paysages sympathiques, c’est plutôt la convivialité qui règne ici. On papote, on déconne, les amis viennent nous voir et/ou tourner un peu avec nous (merci Laurence, Biscotte, Jean-Phi, Jérome, Arthur, Laurent, Romain, Florent, Joëlle, …)

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A chaque tour bouclé, le panneau nous indique le kilométrage parcouru et sa place : de quoi donner des « croquettes » à mon mental. Parce que tourner en boucle… au bout d’un moment…
Au bout de 3h, 30km sont bouclés. C’est en effet bien rapide. Non… On va plutôt dire que j’ai de l’avance sur mes prévisions… Il fait beau, il faut chaud, et les éponges ne sont pas de trop. Il faut aussi dans ce cas être fort mentalement pour ne pas s’arrêter quand on voit les verres de bière à la main, notamment pour ceux qui viennent de nous accompagner… Grrrrr…

Les 6 heures viennent d’en terminer. Nous voilà entre forçats du double tour d’horloge. A 6 heures de course, j’en profite pour faire un arrêt plus prolongé : changement de tee-shirt, re-crémage des pieds, etc… L’arrêt au stand me coûte plus d’un tour alors que je pensais faire vite. Bernard est là, pas au mieux de sa forme. Il attend pour pouvoir repartir.

Après les 7 premières heures, je suis 5°, après avoir avancé progressivement au classement. Je n’ai pas l’habitude d’être sur des positions à un chiffre alors je préfère en plaisanter « çà ne pas pas durer » dis-je en demandant aux amis de prendre le panneau en photo… Même si en réalité, j’aimerais bien passer la nuit à consolider cette place. La fin d’après-midi est agréable : un soleil encore présent, une petite fraicheur et un vent du Sud qui commence à se renforcer. Le speaker annonce une météo finalement plus clémente dans la nuit. La pluie serait plus pour le matin. Bien çà !

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La moyenne commence à chuter, au rythme où c’est parti, cela ne m’étonne pas. Je passe les 10 heures avec 91 km : finalement la moyenne que je pensais tenir (cible lors des entrainements). Je suis alors 4°, au pied du podium. Du jamais vu ! 🙂

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Une belle motivation pour cette nuit ! En parlant de nuit, il va falloir penser à prendre quelques cafés au ravito maintenant. Pendant que Bernard, lui, prend une soupe.

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La barre des 100 km est passée un peu après 11h. Mais je ne m’emballe pas. Les 8 tours à l’heure devraient vite se transformer en 7 tours à l’heure. J’espère alors être capable de maintenir une allure régulière. Et garder ma place. Devant çà va vite, les 3 premiers paraissent intouchables.

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Le vent est devenu plus fort et çà devient pénible dans une ligne droite. Jusqu’à un moment, où le speaker annonce l’arrêt du 2° qui souhaite seulement faire 100km. Il va donc stopper là… Me voilà sur le podium virtuel ! 🙂

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A 12 heures de course, je profite du départ des « 12 heures » pour faire l’arrêt syndical et prolongé, afin de se changer à nouveau (+ chaussures plus récentes). Je n’aurai ainsi pas la meute du premier tour qui dépasse. C’est mieux ainsi 😉
Je laisse donc filer un tour. Mais je ne perds pas ma place en ressortant de la salle, car j’avais de l’avance sur mon poursuivant. J’en suis à 107 km. Rigolo. Ça me fait penser aux grands prix de F1. Vraiment particulier ces courses horaires. C’est devenu un jeu… tant que le corps ne dit pas STOP. Tiens, en parlant de corps justement. Ce dernier commence à avoir du mal à repartir après la centaine de mètres faites en marchant. Cette nuit est aussi l’occasion de vivre en direct le changement d’heure : à 2h, il est 3h. Mais pour nous, ça ne change rien on ne rajoute pas 1 heure de plus à notre compteur !!…

Le petit épisode cocasse de la nuit… Je ne sais plus à quelle heure mais je repère mon poursuivant qui revient fort. J’ai certes 2 tours d’avance mais à son rythme il risque de les reprendre très vite. Tenant à protéger cette 3° place inespérée, voilà que je me mets à accélérer modérément. Mais ce n’est pas suffisant pour arriver à le contrer. Je l’avais déjà repéré auparavant : il avance fort pendant quelques tours puis marche au moins pendant un tour. Pour ma part, je préfère garder mon plan de marche. Au bout de 2 ou 3 tours, il marche donc à nouveau, j’arrive à nouveau à le rapprocher de lui. Au tour suivant, il marche toujours : cette accélération lui a-t-elle fait du mal ? Quoiqu’il en soit, j’arrive au bout d’un moment à lui reprendre à nouveau un tour. Puis je ne le vois plus… Moralité : ce sont avec des jeux comme ça qu’on joue à se faire peur… Mais qu’en même temps on reste éveillé pendant la nuit.

Au bout d’un moment, la pluie annoncée arrive. Elle tombe fort. Je passe dans la salle pour attraper ma veste légère de pluie, sans trop perdre de temps. Étonnamment, je trouve qu’il y a moins de monde sur la piste. Certains ont préféré se mettre à l’abri ? Les potos, Anthony, Bernard, Gilles et Eric sont bien là eux. Nous continuons à échanger. A 18h de course, les ¾ de l’épreuve sont bouclés. La pluie s’est calmée. Arrive alors la petite frayeur : après ma séquence de marche, impossible de repartir en trottinant !! Les jambes sont devenues du vrai bois ! Je relance doucement, doucement, me remet dans le rythme. Ca repart… La pluie a refroidi le corps, c’est peut-être pour çà. De fait, je choisis de ne pas m’arrêter pour la révision syndicale des 6 heures. Je sens que j’aurais beaucoup de mal à repartir. Cela me permet aussi de consolider cette 3° place pour l’instant. La surprise arrive avec le jour naissant et après 19h de course : en passant devant le tableau de comptage, je vois que je suis 2° ! 2 !! Mais où est passé l’avion devant moi ? Il se serait arrêté lui aussi ? Une motivation supplémentaire qui relance tout à coup les jambes. Comme quoi le mental… 5 heures à tenir. Mais le rythme a vraiment baissé et la moindre relance après la période de marche devient pénible.

21h de course. Le jour arrivant, l’ami Jean-Phi, accompagné de Romain, viennent tenir compagnie aux courageux qui tournent encore le matin. Nous faisons ensemble quelques tours. Cela me fait bien plaisir malgré le fait que je sois peu prolixe. Pas mal de neurones ont déconnecté et j’essaie de rester dans mon rythme. Je pense qu’on devient un vrai zombie là !! Merci quand même les gars ! La pluie revient à nouveau… plus forte… Sentant mon corps refroidir, je laisse mes compères pour changer de veste imperméable en prenant la goretex. Alors, combien au compteur ?

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Les 2 dernières heures sonnent le « money time ». Tiens, je vois l’ex 2° à nouveau dans la course, et filer comme un avion autour du stade. Il a donc dormi (enfin je suppose) et le voilà à chasser la 2° place. 2° effet « kiss cool » après celui du milieu de la nuit… Là je ne peux pas lutter, les jambes sont du bois, voire même de la fonte ! Pour moi, ce n’est pas grave, 3° reste une place sur le podium et à ce niveau de la course, c’est inespéré ! Je raconte çà à mes acolytes accompagnants. Jean-Phi va voir sur le tableau où est-ce qu’il en est de ses tours. L’info tombe : il a 15 tours de retard. Même s’il va vite, me rattraper lui sera difficile. Je n’ai donc plus qu’à gérer. 🙂

La dernière heure doit se faire sans accompagnant. De fait, nous nous retrouvons uniquement entre coureurs sur la piste. Ça marche pour beaucoup de monde… Je sais que si je marche, j’aurai un mal fou à relancer. Donc pour moi, c’est courir, courir, courir (de toutes façons je ne sens plus vraiment mes jambes…).

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Les 190 km viennent d’être passés juste après les 23 heures de course. Je sais que j’ai donc au moins 195 km au bout des runnings, avec le record du Lyon Ultra Run à la clé. 😉 Là, ce n’est que du bonheur ! Comme quand on voit au loin l’arche d’arrivée, quand on entend la musique, le speaker. Profite man !!

Le dernier ¼ h : 196 km !

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Allez ! 197 çà ne sonne pas super. Mais 198 oui ! (98 année de naissance de mon fils). C’est donc parti pour 2 tours en accélérant – je ne sais comment – la cadence. Les jambes répondent toujours à une allure proche de celle du début (6 minutes au tour). Du grand n’importe quoi mais on s’en fout… Les 198 km sont atteint 3 minutes avant le gong. Fin du jeu !… Je stoppe là pour rejoindre Anthony, Bernard, et Gilles sous la tente vers le ravito. Pas envie d’aller faire 500m de plus. Bravo les mecs ! De jolies marques pour tous.

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Une fois rendu le dossard aux organisateurs qui ont validé les 40m à ajouter aux tours, nous rejoignons sans attendre la salle, sous une pluie battante (bien fait de ne pas avoir continué sinon j’aurais attendu les organisateurs sous la pluie pour le métré exact sur la piste…). Les muscles commençant à refroidir, se changer devient alors un véritable cauchemar. Je me serai bien couché mais ce n’est pas tous les jours que l’on attend une remise des prix.

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Que retenir de ce voyage en Circadie ? Pour une première participation à un 24h officiel, j’avoue que je n’ai pas été déçu. C’est une expérience extraordinaire, un monde à part. Cela n’a même rien à voir avec « l’essai » fait sur le TALC 24h à la Sarra l’an dernier. Je savais que je n’étais pas venu m’en prendre plein les yeux, comme une X Alpine, un UTMB ou une TDS, mais j’ai trouvé autre chose. Entres autres de la convivialité, de l’amitié, une ambiance familiale, de la complicité entre concurrents. J’appréhendais un peu la monotonie de chaque tour, mais les quelques papotages, la motivation à défendre sa place, à jouer avec haut du tableau (et le tableau d’affichage !) aura bien occupé les neurones de moins en moins connectés au fil des heures. Vais-je vraiment jouer à défendre ma place sur l’X Alpine ? Hein ?…. Côté météo, seule la neige aura manqué. On a tout eu : soleil, chaleur, vent chaud, pluie, vent froid. Bravo à mes potes coureurs pour leurs belles marques. Un grand bravo et merci à l’organisation, le CO Saint Fons, et ses chaleureux bénévoles. Au top ! Et bien sûr merci pour vos encouragements, l’accompagnement/papotage, les félicitations. La récupération est bien plus longue que prévue et doit être soignée, le bitume çà tape… Ensuite, je vais retrouver les sentiers et le D+. C’est qu’il y a un objectif majeur à préparer : le Grand Raid de la Réunion en Octobre…

En chiffres. 24h de course, à jouer les hamsters sur 1 circuit de 1,001 km – 50 participants – Un total de 198.238 km parcourus (soit 198 fois à zigzaguer au fond du parc, à monter un trottoir, à descendre d’un autre trottoir, à faire un 270° pour revenir le long de la voie ferrée, à regarder le tableau d’affichage, …) – 2° place pour un 1° podium ! – 2 quadriceps perdus à la fin – 0 ampoules – Une progression étonnamment (!) régulière tout au long de la course (hormis un départ trop rapide, ce fut entre 7 et 9 tours par heure)…

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Je laisserai le dernier mot à Hannibal :

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(Merci à l’organisation et à Laurence, Jean-Phi, Laurent, Joëlle, Gilles pour les photos mises ici en plus des miennes)

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