L’année des premières

Après ma première participation à un 24 h, 2015 aura été l’année de ma première course à Chamonix.  Je me suis décidé en Décembre dernier. Après une 180 terminée sans aucune douleur ni courbature, dans un état de fraîcheur et un temps de course inespérés, je me suis lancé. Je pense être prêt et avoir le niveau.  Mon but étant d’aller à Chamonix et goutter au moins une fois dans ma vie à l’ambiance de la ville, de la course, je m’inscris à la seule épreuve ou je suis sur d’être pris … la TDS (de toute façon je n’ai pas les points pour l’UTMB).

Maintenant que je vais à Cham, je me penche un peu plus sérieusement sur la course, le profil, le dénivelé … et je m’aperçois qu’elle est classée plus difficile que l’UTMB par l’organisation. C’est cela oui…..faudra bien s’entraîner mais avant je vais tenter l’expérience 24 H à St Fons

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Ma déception digérée (voir mon CR précédent) direction Chamonix. J’achète un hors série plans d’entrainement d’un magazine spécialisé pour me donner des idées de séances. Ce plan me sert surtout à programmer les charges de travail par semaine pour arriver en forme le jour J. Pour le fractionné, le seuil, le travail de VMA, j’ai l’entrainement de mon club AAA de Lyon. Pour le dénivelé, j’ai ma maison de campagne dans les Bauges située sous le colombier d’Aillon. (+1500 m D+ à chaque montée complète) Et une fois la pelouse tondue….du colombier je vais en bouffer …..cela commence fin mai …2 fois dans la journée pour accompagner JB pour le GR 73, par la droite, par la gauche, dans un sens, dans l’autre…..en juin juillet (voir mon strava). Je programme une course pour faire du long (Trail de Faverges) mais je déclare forfait à cause de la chaleur annoncée et un départ que je juge trop tardif. Devinez ce que je fais à la place …….une montée de la piste noire des aillons puis une montée …..au colombier mais avec un départ à 7 h.

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J’essaie à chaque fois de choisir le chemin de descente le plus long possible. Pour le travail en montée il y a toujours des escaliers, des Nicolas de Lange, des sarra, des sœurs Vially. (pour les Lyonnais)…mais la descente, on a tendance à l’oublier. Pour moi c’est le plus important et le plus dur à travailler. Je me paie donc des km de descente pour bien chauffer les cuissots. Et sur la TDS de la descente il y en a : de la très très longue (Avant Bourg St Maurice) mais facile et de la bien technique en single avec des marches, des pierres, des racines, de la boue, qui glisse et qui casse bien les pattes. Il faut être prêt.

Pour la logistique j’ai réservé dès le jour de mon inscription au Mercure des Bossons pour 3 nuits (1 1/3 pour moi). Faut bien cela pour convaincre ma petite famille de faire un séjour à Cham pendant ses vacances . En early booking non remboursable, ce n’est pas si cher et il y a tout le confort.

Nous voici donc à Chamonix le mardi après midi direction la remise des dossards. J’sms Tidgi qui a déjà récupéré son sésame. Il passe me voir dans la queue qui finalement avance assez vite. Petit coup de chaud quand la bénévole chipote pour ma couverture de survie. Comme un con j’ai laissé l’étiquette avec la taille et il manque quelques centimètres. Après quelques palabres j’ai mon dossard dans les mains et mon bracelet bleu autour du poignet.

Direction le centre ville et le salon du trail. Je n’ai pas l’intention d’acheter quoi que ce soit mais je profite de l’ambiance. C’est quand même amusant de croiser tous ces coureurs avec la moitié de leur équipement sur eux ou vêtu de la polaire finisher d’une des années précédentes en train de pavaner en ville. Je tente ma chance à 2 -3 concours sans succès.

J’y recroise Thierry (Tidgi) et tombe sur William qui a loué à 2 pas du centre ville pour la semaine. Lui il se lance sur la CCC, 2 mois après avoir fini l’intégrale de Riquet. Je me demande comment il fait pour passer du tout plat à 6200 m de D+ en à peine 2 mois. Il en aura bavé mais encore Chapeau bas au finisher des finishers de la CCC.

Le soir, je profite du buffet de l’hôtel pour finir le plein de réserve de glucide. Vu la clientèle de la semaine, les menus sont adaptés, copieux avec un choix de pâtes …….c’est top.

La nuit est courte et peu reposante. Cela cogite pas mal la haut. Je sors de l’hôtel avec mes 2 sacs d’allègement vers 4 H. Le bus nous prend vers 4h20 à l’arrêt situé à 10 minutes de l’hôtel. L’organisation du transport est vraiment super, pas besoin d’aller à Cham ou aux Houches. Ce bus fait les arrêts de la ligne régulière de la vallée. Je trouve une place et c’est parti. Pour la première fois je traverse le Tunnel du Mont Blanc. L’ambiance n’est pas des plus joyeuses, ce n’est pas un départ en colonie de vacances, il règne un silence concentré.

 

Courmayeur : 26 septembre 2015 : 6h01 départ

Enfin le départ. J’ai commis ma seule erreur de la course je crois. Je suis trop couvert et au bout de quelques centaines de mètres je m’arrête pour ne garder qu’un T shirt. Je ne veux pas avoir froid dans la montée trempé par ma transpiration.

Ma stratégie de course est des plus simples : toujours gagner du temps sur les BH

Pour le ravito perso, j’ai des pâtes de fruit, des barres d’isostar, du sporténine, des barres ovomaltine , une gourde d’isostar à gauche, une gourde d’eau plate à droite.

Au point de ravitaillement je ne prendrai que des bananes, de la soupe ;de la soupe et des pâtes au cormet de roselend, des tuc pour le salé. Et je vais m’y tenir. J’ai assez commis le péché de gourmandise en avalant du chocolat et ce genre d’aliment qui reste sur l’estomac à la sortie du ravito , que l’on regrette d’avoir pris aussitôt fini d’avaler la dernière bouchée.

Pour la boisson que du St yorre et de l’eau plate (et la soupe), fini le coca (j’ai fait une seule exception je crois) depuis que j’ai lu que cela favorisait les crampes…et les crampes j’en ai assez souvent.

La montée vers Maison vieille se fait en peloton d’un bon pas sur un chemin piste de ski.

Maison vieille/ Checrouit : 07 h 21 , Classement : 1436 ; 1 h 20′ 07  de course

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Bien sur avec mon arrêt mise au point de la tenue, je suis vers le fond du peloton. J’avale un bout de banane, remplis mes gourdes. Foule ou pas, je vais repartir de tous les points d’eau du parcours avec mes gourdes pleines. La chaleur est annoncée.

Je ne vais pas faire un copier coller du CR de Tidgi mais je pourrais, puisque sans le savoir, nous passerons à 16 secondes d’intervalle au petit st Bernard puis descendrons ensemble jusqu’à Bourg.

Dans le bouchon pour entrer dans le premier single, j’aperçois Fimbur et nous discutons tranquille en attendant de pouvoir enfin commencer la course. Si j’ai bien compris, il est le spécialiste de la barrière horaire. Je lui dis en rigolant que si on est derrière lui, c’est pas bon signe….

Enfin la cohorte avance.

Arrête Mont Favre : 08 h 42 , Classement : 1576 ; 2 h 41′ 07  de course

Vu la foule la montée s’est faite à la vitesse de mon prédécesseur. Mais dans la descente vers le lac combal (première barrière horaire), la situation se débloque. Je suis à quelques mètres Fimbur qui a des fourmis dans les jambes. Il faut en profiter pour doubler quelques escargots déjà repérés.

Sur le plat avant le ravitaillement, je commence à doubler sans forcer mon allure. Je prends quelques photos.

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Lac Combal : 09 h 14 , Classement : 1497 ; 3 h 13′ 53  de course ; 31 minutes d’avance sur la BH en entrée du ravito, la sortie ferme à 9 h30.

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J’ai du temps, je fais le plein sereinement et je repars .

Col Chavanne : 10 h 33 , Classement : 1436 ; 4 h 32′ 57  de course

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Après un bon raidillon, on atteint le col Chavanne. Je m’arrête pour boire quelques verres de St yorre (oui il y a un poste avec de l’eau qui a été déposé par hélicoptère) et je prends quelques photos. Je m’essaie au selfie (les vieux font des selfies avec la goutte au nez et un cadrage pourri c’est pas montrable)

Maintenant Go dans la descente jusqu’à Bourg sans se griller, Il ne faut cependant pas oublier la petite remontée vers le col du Petit St Bernard.

A partir de maintenant je veille à toujours avoir la casquette bien mouillée car le soleil tape. Vite fait je me passe du stick protection solaire sur les parties exposées.

Col du Petit St Bernard : 13 h 04 , Classement : 1266; 7 h 03′ 56  de course 1 h 26 minutes d’avance sur la BH en entrée du ravito, la sortie ferme à 14 h30

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Au début de la descente, je retrouve Tidgi ou Tidgi me retrouve. Bref on va faire la descente ensemble tranquilement. La course commence à Bourg et il faut franchir le passeur de Pralognan avant la nuit car la descente avec des cordes dans le noir, je vais essayer d’éviter.

Bourg St Maurice entrée : 15 h 17 , Classement : 1156; 9 h 16′ 20  de course 1 h 43 minutes d’avance sur la BH en entrée du ravito, la sortie ferme à 17 h

Gros arrêt : je prends le temps de bien manger, bien boire, je passe de la NOK sur les pieds et tous les endroits qui, je sens, ont chauffé.

Après le contrôle du sac , je m’élance dans le juge de paix de cette course 1900 m de D+ bien raide et sous une forte chaleur.

Bourg St Maurice sortie : 15 h 36 , Classement : 1064; je me suis arrêté 19 minutes.

La montée vers le passeur se déroule comme prévu. J’en bave (comme tout le monde)

Même si j’ai progressé, ma vitesse ascensionnelle n’est pas terrible mais je monte. Au début il y a encore l’ombre des arbres ou des bosquets vu l’altitude, mais après, l’ascension se fait dans une chaleur étouffante. Assez vite, je crois reconnaître la couleur du T shirt de Thierry à quelques mètres devant moi avançant à la vitesse d’un escargot. C’est pas lui, pas possible, pas Thierry. Et si c’est lui, il est planté dans la montée mais fidèle à sa devise il avance. « Ne crains pas d’être lent, crains juste d’être à l’arrêt » je lui glisse quelques mots et je passe à côté de lui.

Je fais comme beaucoup, j’enchaîne les périodes de progression avec les arrêts. Les jambes répondent mais le cardio beaucoup moins. Je reprends mon souffle ; et quand le cœur est redescendu je repars. J’arrive enfin au Fort de la Platte.

Fort de la Platte : 18 h 00 , Classement : 1034; 11 h 59′ 37  de course

Je fais la queue pour remplir mes gourdes et je repars. Toujours en enchainant les périodes de progression et d’arrêt cardio et parfois ravito. Vers le col de la Forclaz les premières mini crampes apparaissent, pourtant j’ai bu, j’avale du sporténine, ralentis un peu (pas beaucoup vu la vitesse où je progresse) et cela passe très vite. Ouf

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J’ai toujours en tête mon objectif court terme : descendre le passeur de Pralognan de jour

Il est là au dessus de moi, quelques lacets, un dernier effort et je peux prendre la photo du coucher de soleil au sommet.

Passeur de Pralognan : 20 h 06 , Classement : 1038; 14 h 05  de course

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Je respire un bon coup…ça c’est fait. Place à la partie descente à l’aide de cordes sur un chemin bien escarpée. C’est sur, mieux vaux le faire de jour. .. mais il y a des bénévoles ..ne pas s’affoler bien regarder où l’on met les pieds et cela passe sans problème.

La partie pour rejoindre le chemin avant le cormet de Roselend n’est pas des plus roulante et il faut vraiment faire attention. Je fais un arrêt pour prendre ma frontale et me couvrir.

Je pense que c’est à cet endroit que mes lunettes de soleil de vue sont tombées du sac. Avis ..si avez trouvé des lunettes de soleil dans un étui noir …..

Je ne cours pas sur le chemin avant le cormet pour bien récupérer, la course n’est pas finie.il reste plus de 50 km.

Cormet de Roselend : 21 h 24, Classement : 1065; 15 h 23′ 18  de course 2 h 36 minutes d’avance sur la BH en entrée du ravito, la sortie ferme à minuit

Je récupère mon sac d’allègement. Il y a du monde et ce n’est pas évident de trouver une place. Je passe la Nok,change de chaussettes, de T-shirt, met mon bonnet et repositionne la frontale.

J’avale mes bananes, ma soupe, un bol de pates, boit du St Yorre, refait le plein et je repars.

Je jette un œil sur le profil que j’ai dans ma poche. Je suis serein. Jusqu’aux contamines, il n’y a plus de grands dénivelés.

Dans la nuit, entre 2 points de contrôle, je vais presque toujours progresser dans un groupe de 2-3 de niveau homogène tout en papotant. Le plus marrant c’est que l’on se perd de vue aux ravitaillements et que je n’ai jamais vu le visage de mes compagnons de TDS.

La Gitte : 00h 11, Classement : 963; 18 h 10′ 07  de course 2 h 19 minutes d’avance sur la BH en entrée du ravito, la sortie ferme à 2 h 30

Direction le col du Joly

Dans la nuit le ruban de lumière des frontales est bien visible. Je progresse avec un lyonnais. Je lui fais la PUB de l’UBS. On ne monte pas au col mais on descend sur le col par un petit chemin bien traître.

Col du Joly : 03h 17, Classement : 909; 21 h 16′ 27  de course

Après mon ravito et avant de repartir, je demande à la très charmante personne qui est devant son ordi avec une session livetrail ouverte si elle peut me dire si Thierry est toujours en course. Yes il est indestructible et pas si loin derrière.

Maintenant il faut se laisser glisser jusqu’aux contamines.

Après Notre Dame de la Gorge je ne cours pas trop. J’ai repéré la côte en sortie des contamines et le col du tricot. Je m’économise et de toute façon je suis largement en avance sur les BH.

Les contamines : 05h 26, Classement : 843; 23 h 25′ 18  de course 3 h 04 minutes d’avance sur la BH en entrée du ravito, la sortie ferme à 8 h 30

Je ne me suis pas trompé, la sortie des Contamines est bien raide. Le jour se lève. Je suis dans la dernière montée. Bernard tu es dans la dernière montée. Je suis gonflé à bloc. Je ne vais pas battre le record du passage du col du tricot mais je gère sans m’affoler. Comme au passeur ; je reprends mon souffle, je fais redescendre le cardio et repars.

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Col du Tricot : 08h 16, Classement : 793; 26 h 15′ 25  de course

Je suis sur d’être finisher. Maintenant il ne faut pas tomber dans la descente qui est vraiment piégeuse. Une petite attente avant la passerelle, une dernière côte, il faut contourner le train de st Gervais arrêté sur le chemin sans marcher dans l’huile de la crémaillère .. me voilà à Bellevue.

Bellevue : 09h 25, Classement : 780; 27 h 24′ 40  de course

Je range dans mon sac mon équipement de nuit et repars vers les Houches, toujours dans une descente difficile. Cette fois ce sont les racines des sapins qu’il faut éviter.

Les Houches : 10h 18, Classement : 765; 28 h 17′ 31  de course 3 h 12 minutes d’avance sur la BH en entrée du ravito, la sortie ferme à 13 h 30

Ravito express, Moi qui espérait courir les 8 derniers km, le panneau en sortie du ravito refroidit mon ardeur…D+ : 205m jusqu’à Chamonix.

Effectivement il y a quelques montées que je fais en marchant sinon je cours.

Je double je double . Je marche au niveau des rochers d’escalade que je ne connaissais pas.

A partir de l’entrée de cham je reprends la course jusqu’à l’arrivée. Le passage au milieu des piétons est vraiment sympa ; Je suis encouragé , félicité, applaudi. Par contre je ne sais pas trop où aller. Je repère les barrières avec la pub c’est par là.. maintenant il y a des barrières des 2 côtés bientôt la fin, le dernier tournant….

Chamonix : 11h 23, Classement : 729; 29 h 22′ 10  de course

Maintenant il ne reste plus qu’à attendre Thierry qui arrive tranquillement accompagné de ses enfants mais avant rien de tel qu’un (2) bières du Mont Blanc.

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Thierry est arrivé le LUR est au complet

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UTMB, TDS, CCC toutes ces courses organisées à Chamonix fin Août m’ont longtemps paru inaccessibles. Je me contentais de lire des CR, des articles de journaux, survoler des plans d’entrainement, regarder des vidéos, suivre le live trail des copains et rêver le jour J devant la Web Tv, m’imaginant à mon tour déboucher dans le dernier virage, m’approcher à petites foulées, m’arrêter pour faire durer le plus longtemps possible ce moment magique, mimer highway to hell (non ça c’est déjà fait), lever les bras de contentement et de fierté, et enfin franchir le dernier mètre sous les bravos….et voilà……

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