Passe la seconde !

Ah ! L’Echappée Belle (EB), je me souviens en 2013, nous cherchions une course d’un distance intermédiaire entre les 110-120 km (qui passait bien) et les 160 km afin de pouvoir « monter » sur cette distance phare. Notre choix s’était porter sur une toute nouvelle course de 144 km qui consiste à traverser la Belledonne. Connaissant un peu le massif cela s’annonçait beau et sauvage. Pour ce premier essais j’ai appris à mes dépends que je n’étais pas assez préparer physiquement pour affronter les 11 km de D+, ce qui s’est traduit par un éclatage de quadri dans la descente du Morétan. De plus, une mauvaise gestion de la première nuit (où je me suis arrêté 3h à Fond de France) m’ont conduit à arriver à 18h05 au téléphérique de Super Collet et donc d’être en retard de 5min sur la Barrière Horaire (BH). Ayant des jambes en bois mon arrêt m’a semblé logique plutôt de s’engager dans les Ferrices et se mettre en danger. Cependant cette course avortée m’est restée en travers de la gorge. Depuis, j’ai réglé le problème musculaire en finissant presque le Grand Raid Occitan (course à finir elle aussi) et en terminant l’UTMB. Je me suis préparé contentieusement au mois d’Aout comme pour l’UTMB, sauf que j’ai commencé l’affutage 2 semaines avant le départ et non une semaine, ce qui s’était traduit par des débuts de tendinites après 40 km sur l’UTMB.

J’arrive sur cette course avec Olivier (nouveau membre du Lyon Ultra Run) qui a lui échoué l’an dernier après un coup de chaud et qui tient aussi à prendre sa revanche. Papa depuis peu et ayant eu un problème au dos  dans les dernières semaines avant le départ compromettant sa préparation. Bref, il mise tout sur la fraicheur. Du Lyon Ultra Run (LUR) sur le long nous avons aussi TomTrailer (nouveau membre) et sur la traversée nord (85km) Arthur, Nicolas, Biscotte, Benoit (nouveau membre) et Jean-Baptiste. Histoire de pimenter le tout j’avais mis au défi notre sir Arthur de finir devant moi, en sachant que le 85km par 24h après le 144km.

Nous arrivons la veille avec Olivier et passons chercher nos dossards à 17h30. Nous laisserons sa voiture à Aiguebelle avec quelques affaires pour l’arrivée et prendrons la mienne pour aller au départ à Vizille. Nous arrivons à 19h après une petite séquence de bouchon grenoblois. Nous allons vite faite nous trouver un resto histoire de faire le plein d’énergie. Je prends mon traditionnel steak tartare d’avant course arroser de la traditionnelle double pinte de bière. Un double sacrifice au grand dieu nain de la montagne bien nécessaire vu ce qu’il m’a fait subir aux X-Alpine où je n’avais rien sacrifié, résultat : hypo dans la première montée, cassage d’un bâton dans la première descente, crampe au mollet, ouverture du genou et somnolence incontrôlable au cours de la nuit, plus deux jardinage d’une demi-heure chacun. Bref, plus jamais de départ de course sans sacrifice !

Après nous être sustenté, nous filons à la voiture pour une courte nuit. Pendant qu’Olivier monte sa tente, nous faisons connaissance avec nos voisins qui ont un Berlingot aménagé. Olivier échange trucs et astuces avec eux (il possède la même voiture) pendant que je dispose mon matos dans la voiture pour la nuit. Et oui, j’ai un petit côté gitan, j’aime dormir dans ma voiture. 10h couché. Je passe 2 bonnes heures à transpirer dans la voiture avant de trouver un semblant de sommeil. Le défilé des mobylettes ne m’a pas aidé pas non plus. 5h, le générique de Dexter retentit, il est l’heure de se réveiller.

Le sac était déjà prêt, une bonne séance de crémage et un habillement méticuleux se fait la tête encore ensommeillée. De son côté Olivier fait de même. 5h20 nous sommes prêts. J’ai fait un petit dej à base de redbull, sniker, petit de mie complet et banane, le tout arrosé d’eau pétillante. Les gourdes sont emplies. Sur ceux, les cars de l’organisation amènent les concurrents en provenance d’Aiguebelle. Du coup , c’est moins intime. Nous partons en recherche d’un petit café chaud, mais il y a la queue, nous préférons poser dans le gymnase qui servais pour la remise des dossards il y a deux ans. 5h40, direction les toilettes histoire de partir léger. 5h50, direction la ligne de départ. Tout le monde est sérieux, il n’y a pas l’ambiance pusillanime d’il y a deux ans, les plus de 60% d’abandon de la première édition ont marqué les esprits. Il est 6h, il fait déjà chaud, je pars en T-shirt, ce qui est exceptionnel, ceux qui me connaissent le confirmerons. Je sais déjà que la chaleur sera l’ennemie tout au long de cette course.

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Coté stratégie. Du simple, prendre ma revanche sur Super Collet. Je veux lui mettre 6h à cette barrière horaire (soit arrivé à midi le lendemain, 30h de course) afin de pouvoir terminer quoiqu’il arrive. J’ai pris mes temps de passage de la première édition et corrigé par rapport à ma dernière course (l’X-Alpine, 110km, 8800mD+, 31h30). Grosso modo, je compte tout en heure ronde :

Arselle 3h / La Pra 6h / Jean-Collet 10h / Pas de la Coche 13h / Pleynet 16h (couché du soleil) / Gleysin 20h / Moretan 24h (lever du soleil) / Périoule 27h / Super Collet 30h. Après advienne que pourra, profiter de la ballade et terminer proprement, pas se blesser. Ce qui nous fait, Val-Pelouse à la tombée de la nuit et arrivée à Aiguebelle au petit jour.

Le départ est prudent, je gère pour ne pas puiser dans mes réserves. J’en garde sous le pied. Je suis très bien. Au bout de 10min pour GPS par en délire, je le coupe, les deux données qui m’intéressent étant l’heure et l’altitude, je l’utilise juste en mode altimètre. Je discutes pas mal durant cette première portion, notamment avec des personnes pour qui c’est le premier ultra, je leur donne des conseils de précaution et les encourage. Arrivée à Arselle 3h05.

5 min de retard, rien de grave, je suis bien plus frai qu’il y a deux ans ici. Le ravito est petit, je joue des coudes pour remplir mes gourdes et manger le salé que je peux trouver (il va falloir beaucoup de salé avec la chaleur prévue). Au bout de 10min, je repars. Je m’étonne qu’il n’y ai de pointage, pas grave. Nous commençons à attaquer la vrai Belledonne.

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Lac Achard Reconnaissance 2013 (crédit Cyrion de Beleriand)

Toujours aussi magnifique le lac Achard. Il est 10h, il commence à faire chaud.

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Reconnaissance 2013 (crédit Cyrion de Beleriand)

Je pense à me reposer régulièrement. Je croise des kikous venue faire un contrôle manuel du coté du col de Chamrousse.

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Lacs Robert Reconnaissance 2013 (crédit Cyrion de Beleriand)

S’en suivent les lacs Robert. Je sens que je vais être à cours d’eau avant La Pra. Je demande à des bénévoles s’il y a une source à coté, ils me répondent que non. Je leur dit que je vais pastiller de l’eau du lac. Mais ils préfèrent me fournir un peu de l’eau qu’ils ont sur eux. Super gentils. Je remplis la moitié d’une gourde, ça devrait faire l’affaire. La suite devient vraiment Belledonniène  et nous commençons à crapahuter pour de vrai.

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Reconnaissance 2013 (crédit Cyrion de Beleriand)

Je finis mon eau quand j’arrive en vue du refuge. Arrivée La Pra 5h50.

 

10min d’avance. Même remarque que pour les 5 de retard, négligeable, tout va bien. Je prends le temps que remplir les gourdes et de m’alimenter. A midi, je repars, direction la croix de Belledonne. Une bonne partie de manivelle.

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Reconnaissance 2013 (crédit Cyrion de Beleriand)

De mémoire j’avais mis 1h15, il y a deux ans. J’avais fait la section jusqu’à Jean Collet avec Biscotte, il m’avait en effet rejoins au ravito. Je reste très appliqué, tout se passe bien.

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Lac David, reconnaissance 2013 (crédit Cyrion de Beleriand)

Je commence à être toujours avec les mêmes coureurs Xavhie, Zecrasytux et Bubulle notamment (même si je le découvrirais après la course). Je me pose plusieurs fois dans la montée pour rester dans le vert.  Plusieurs coureurs s’en inquiète, je les rassure, je profite du paysage. Arrivée au sommet, je ne me pose pas comme pour la première édition, j’attaque directement à descente 1h15 pour monter CQFD.

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Le croix de Belledonne, EB 2013 avec Biscotte.

La descente sur le col de Freydane est plus directe qu’avant ce qui n’est pas pour me déplaire. Il y a ainsi moins de croisement entre les montants et les descendant. Au moment de bifurc’ je reconnais Olivier qui monte. Il se dit pas au mieux et qu’il va essayer au moins de rejoindre Le Pleynet. Pour moi tout va bien.

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Col de Freydane (crédit photo Matthieu Rieux)

Le niveau d’eau est bas, je sais que nous traverserons des torrents avant le lac blanc. Je remplis et pastille à leurs passages. Il fait bien chaud maintenant. Je ralenti, gardant juste une allure tranquille. Je me souviens que l’arrivée sur Jean Collet est très longue. De plus, je suis dans mes temps de la première édition sans forcer.  Arrivée Jean Collet 9h25.

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Petite photo de kikou à l’arrivée, merci le_kéké, je la garde celle-là. Largement en avance, je comprends maintenant pourquoi Biscotte m’avais si facilement lâché au re-départ, j’avais trop déjà trop puisé il y deux ans. Bon, 1/2h d’avance. Je m’assois, je mange, la section d’après est à ma connaissance, la plus difficile de la course, surtout qu’il y a deux ans, il n’y avait pas de ravito au Pas de la Coche.

J’ai un mauvais souvenir de la suite, alors je pars très prudemment, surtout que je suis en avance et qu’il fait chaud. Bref, mode rando. Tout se passe bien. Bien mieux que la première fois. Jusqu’à… jusqu’à ce que je casse un bâton dans la descente du col de la mine de fer. Bon, GDNDLM, c’est un signe. J’ai finit l’X-alpine avec un seul bâton pendant 100km, je vais faire de même pour l’EB. Je récupère mes restes de bâton et les portent pendant une heure jusqu’au prochain ravito. Au moins, je ne les porterai pas jusqu’à l’arrivée (il ne sont pas réparable, en carbone). Arrivée au Pas de la Coche, 12h10.

Mais queuois, 50min d’avance. L’entrainement ça semble payer, surtout que je suis tranquille. Je bois du coca et de l’eau gazeuse, pour la plate c’est au torrent 3km plus loin. J’aime ce passage, une bonne rando perdu dans la montagne. Je me cale à un rythme, me force à ralentir, je ne veux surtout pas être en avance sur mon horaire idéal. En bas du col de la vache, je m’assois pour manger le solide que j’avais emporté de Jean-Collet. En regardant le col, je me dis qu’il est moins haut que dans mon souvenir. Je laisse passer un petit groupe et leur emboite le pas, comme cela pas besoin de chercher à m’orienter dans le dédale de rocher. 45min plus tard, je suis au sommet. Le soleil commence sérieusement à baisser, je passe en mode nuit (plus de lunette de soleil) et remplace ma casquette par un buff sur lequel je mets ma frontale. Je suis très prudent dans le descente sur les 7 laux.

Plus facile que dans mon souvenir aussi. Je suis curieux de cette arrivée au Pleynet par rapport à celle de Fond de France avec ses 1400mD- qui m’avait grignoté les quadris, je pense que c’est là que j’avais hypothéqué mes chances de terminer quand j’avais accéléré pour passer avant la barrière horaire à 23h. Celle-ci est maintenant à 4h. Je suis donc large. J’ai pris ma frontale la moins puissante pour ce passage, ce qui est une erreur, car je me fais éblouir par celles dans autres concurrents. Les passages où je suis seul cela me permet de me reposer les yeux. Je fais la connaissance du spartiate, que je surnomme ainsi car il a le numéro 300 et d’un autre coureur dont je ne me souviens plus du nom, mais qui se souviendra de moi comme le coureur mono-bâton. Marrant comme cela choque les trailers de nous jours alors que c’était normal en rando, quelques années auparavant. En fin de compte, je commence à apprécier le monobatonage. Par contre, je ne m’attendais pas à grimper autant pour rejoindre, le Pleynet. C’est sans fin. Je vois mon avance fondre, puis devenir du retard (problème des calculs à la louche). J’ai une petite marge, mais dans ma tête, il ne faut pas que je reparte après 23h du Pleynet, soit avoir 3h d’avance sur ma première tentative. Arrivée Pleynet 16h35.

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Fond de France avec Biscotte, EB 2013 (crédit Cyrion de Beleriand)

Une bonne demi-heure de retard, pas trop grave. Je me sens bien. La douche extérieur ne me dit rien, je me pose au ravito et change juste de T-shit pour un T-shirt manche longue, je ne suis pas loin des coups de soleil, je ne compte pas m’exposer demain, le T-shirt finisher X-Alpine me conviens très bien, une vrai seconde peau. Je suis à côté d’un concurrent espagnol encouragé par sa famille. Je le reverrais plusieurs fois jusqu’à l’arrivée.

Commentaire sur le suivi kikourou : « Taldius nous la fait gladiator avec l’arrêt au stand probablement le plus court de la bande à la base vie. Tremblez devant, le centurion Taldius ne compte pas faire 180 ce week-end. »

En repartant je croise TomTrailer, que je croyais loin devant. Il me propose de faire un bout avec lui, mais je me débat avec les fils de mes écouteurs et lui dit de partir devant et que je passe ne mode rando. J’aime la nuit. Avec une si forte chaleur c’est le moment où on avance le mieux. Je me cale sur le ryhtme de la musique et suit simplement le balisage. Arrivé à Fond de France, je retrouve TomTraileur que je suspecte d’avoir une pause technique. Nous vérifions nos altimètres, il est 100m trop haut et le recale à un panneau de GR. Nous cheminons quelques hectomètres avant qu’il reparte en courant, je continue ma rando. Je me souviens d’une montée raide dans les bois. Elle est toujours là. Après 600 mD+, je retrouve Tom qui pause dans les bois. Je lui dit de ne pas rester là et qu’il y a un refuge avec possibilité de dormir au niveau de l’alpage. Je me souviens en effet de l’ambiance conviviale qui y régnais pour ma première tentative. Cela le requinque et il repart.

Arrivée au refuge, je prends un thé, puis je vois Tom arriver et mettre le clignotant pour dormir à l’intérieur. Je repars. A ce moment je commence une conversation avec le monsieur « mais tu n’as qu’un bâton ». Il me dit que c’est son premier ultra. Qu’il est parisien et faisait de l’aviron avant. Je lui dis que c’est un sport bien bourrin aussi et qu’il y a plus facile comme premier ultra. Je lui donne quelques conseils et lui recommande de bien se méfier des hallus de la deuxième nuit, lui racontant la fin de mon GRO. Je lui recommande surtout de profiter de la nuit et de dormir dans la journée pour reposer le corps. Arrivé sur un passage un peu plus technique je le laisse partir. Je gère la fin en écoutant mes jambes et m’asseyant à chaque fois que mes quadris se mettais à chauffer. Arrivée à Gleyzin 21h50.

Je suis à la bourre. J’ai perdu 1h au Pleynet et 50min dans la dscente sur Gleysin. Je pense donc devoir passer sur une arrivée à Super Collet vers 15h. Je vais devoir m’employer. Ce que je ne sais pas, c’est que je viens de dépasser 70 concurrents avec ma rando active nocturne. Je ne me souviens plus non plus que j’avais fait cette section après 2h de sommeil lors de la première éditions. A Gleyzin, je retrouve Tom, qui me trouve rapide pour un randonneur 😉

Bon, Monsieur le Juge de Paix, Morétan me voilà, je veux voir le soleil se lever à ton sommet.

La dernière fois j’avais fait l’ascension en 3h. Je table sur 4, faut être pessimiste parfois. Je me fais régulièrement dépasser, mais cette fois ci pas de pause, je fais le montée d’une traite jusqu’au refuge de l’Oule où je m’alimente et remplit les gourdes pour réattaquer  5min plus tard. Le sommet, je le vois, je l’aurais. Les prémices de soleil sont là, je me sens mieux que dans mon souvenir. Le dernier raidillon fait mal mais j’y suis Moretan 25h.

Je retombe dans mon heure de retard perdu avant le Pleynet, tout va bien. Ascension en 2h50 sans forcer. Je suis confiant avant d’aborder ce secteur qui me hante depuis 2 ans, descente du Moretan, c’est entre toi et moi. Le névé a presque disparu. Il y a des cordes tout le long. Pas moyen de dévaler 100mD- sur les fesses cette année. Ça c’est fait. Maintenant le mâchouilleur de cuisses. Exposé comme il y a deux ans, mais cette fois-ci, des cordes tout le long. Je me détends, surtout ne pas se crisper, respire, respire, un pied après l’autre. Je suis d’une lenteur incroyable, mais les cuisses ne chauffent pas. Avant d’attaquer les gros cailloux, je fais une pause. Souvenir d’une galère innommable entre ces blocs avec les quadri en miettes. Là, c’est plus facile.

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Descente sur Périoule (Credit photo Matthieu Rieux) 

Je fais même la causette avec un bénévole. Je finis le passage délicat touché, mais pas sonné. Je peux encore courir. Victoire. Les 70 km de D- accumulé depuis 6 mois payent. Je chemine tranquillement jusqu’à Périoule savourant ma victoire sur Morétan. Je sais que s’il le veut, sous la pluie, il m’aurait plié, il est dans la catégorie de mes meilleurs ennemis. Arrivée Périoule 26h15.

J’en avais passé des nuits sans sommeil à me souvenirs du calvaire des 3h que j’avais mis pour rejoindre ce point eau. Cette fois-ci, un peu plus d’une heure auront suffit. Simplement plus le même traileur. J’ai repris de l’avance sur mes prévisions. J’en profite pour m’assoir et repasser en mode jour. Après, pour moi, cela avait été l’enfer, 6h pour rejoindre Super Collet, pas possible de courir les jambes en bois, les cuisses en feu. Alors prudence est mère de sureté. Par contre je n’avais pas exagéré la technicité du chemin de descente. Je souffre, entre avancer et préserver mes quadris je m’épuise nerveusement. Je me fais dépasser, je sers les dents. Enfin le chemin de 4×4, je sens des ampoules sous mes pieds. Au moins cela change de la douleur dans les cuisses. On attaque par une nouveauté pour moi. Un chemin facile mais très raide remontant vers la station. Et là, coup de bambou. J’ai du mal à avancer, je sens venir le spectre d’une hypo. Je m’arrête et mange du gel, de la  barre, toutes mes réserves, je suis trop près de la base de vie pour m’arrêter là. Je finis mes réserves d’eau, j’ai chaud, midi approche et j’ai l’impression que c’est interminable. Au plan du Carre, la pente diminue, je suis un zombi. L’hypo a l’air passée, mais maintenant je dors debout. Avancer, avancer, Base de VIE, Base de VIE. Avant de franchir le sommet, je me fais dépasser par les deux premiers du 85km qui avancent comme des flèches. Je suis comme une vache regardant passer le train. Enfin, je vois Super Collet et mes malheurs disparaissent, je me mets à courir. Du public, une ambiance de folie. Arrivée Super Collet 30h10.

Je n’y crois pas, je suis pile dans mes temps. Je suis HEUREUX. Mais d’abord je vais m’allonger après avoir récupérer mon sac d’allègement. Premier repos depuis le départ. Mon cœur bats la chamade. Je n’arrive pas à dormir, mais je sens que mon corps a repris une température normale et mon cœur un bon rythme. Je change de chaussettes et de chaussures, prends mes dernières réserves de nourriture. Je sors ensuite de la tente de repos pour aller me faire arroser et manger du salé. 13h. Je repars avec Tom pour la dernière fois. A partir de là nous n’avons pas le même objectif, je me contente de terminer et lui cherche un temps. Chacun sa course. Maintenant aller lentement, ne pas prendre de coup de chaud, profité et essayer d’atteindre Val-Pelouse avant la nuit. Pire que le mode rando, je passe en mode balade dominicale.

Il fait une chaleur infernale sur ce chemin blanc montant au téléphérique. Je patiente en me disant que chaque pas est un de plus par rapport à ma première tentative. Pour me fouetter je me remémore la descente dans le 4×4 de l’organisation 2 ans plus tôt. Ce passage est peut-être le seul de l’EB à ne pas présenter d’intérêt. Arriver sur la crête j’en prends plein les yeux et je me ne prive pas pour admirer la vue. Peu avant le refuge de la Carre, je mets les pieds dans la boue, pas moyen de l’éviter. Voilà. J’avais  des chaussures et des chaussettes propres. La descente se passe bien, je commence à me faire régulièrement dépassé par les concurrents du 85, à chaque fois j’ai droit à un encouragement, c’est sympa comme ballade. Arrivé au Refuge, je prends le temps de discuter et de remplir les gourdes. Tranquillement j’attaque les 500mD+ qui me séparent du refuge des Ferrice. Il y a plusieurs torrents, j’en profite pour m’arroser. Peu avant le sommet, la nature se rappelle à moi et je pars communier. Arrivée Refuge des Ferrices 35h.

Dans le topo extrêmement bien fait de l’orga il y a dit de se reposer au refuge, dont acte, je pars m’allonger 20 minutes à l’ombre. Le sommeil ne veut pas venir, j’ai droit à une belle décontraction musculaire sous forme de tremblements. Je sens que ma nuque est chaude, il va falloir se méfier de l’insolation. Je me ravitaille et continu la ballade. C’est super joli cette crête je comprends pourquoi nous passons par là.

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Col d’Arpingon (crédit photo Stanislas Laurent)

En direction du col dArpingon je me fait re-dépasser par le spartiate et monsieur MéTaKunBaton que je pensais loin devant. Nous échangeons quelques mots et je les laissant filer. Au col je profite pour faire une pause et prendre la pose.

La descente qui suis n’en est pas vraiment une, beaucoup de coups de cul.

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Coup de cul en Belledonne, normal quoi ! (crédit photo Yann Marchais)

Finalement la partie descente qui descente sera un calvaire pour moi. J’ai des ampoules sous les pieds et chaque fois que je les posent sur un caillou je ressens une vive douleur. Le problème c’est que des cailloux, il n’y a que ça, avec en plus de traversée de pierriers. Je prends sur moi. Un instant je pense à prendre un antidouleur, puis je me dis que de toute façon avec la fatigue et la sentirais moins. Je me dits aussi que je fais un overdose de chaille. Bref, j’arrive à refuge de … je rempli une gourde au robinet souffreteux. Enfin un sentier en herbe, je le béni. A ce moment je suis rattrapé par le camarade LURien Biscotte. Il pète la forme. Il me dis qu’il est gêné en montée, mais qu’il va super bien en descente, je le crois volontiers. Nous nous donnons rendez-vous à Val Pelouse où il compte faire une grosse pause et qui n’est plus qu’à quelque km et je le laisse filer. Peu avant Val Pelouse je vois un ours brun devant moi, après vérification, et en me disant que ce n’est pas tout à fait normal, il s’agit d’un souche. Il est temps que je me repose moi. La nuit tombe et j’arrive à Val Pelouse. J’aime quand un plan se déroule sans accroc. Val Pelouse 39h.

Ça c’est fait. Maintenant il reste le roulant d’après le topo… Une dernière nuit dehors et c’est l’arrivée tant désirée. Rétrospectivement je me rends compte que j’ai commis l’erreur de ne pas aller voire les podologues. Je me ravitaille et m’installe à la table de Biscotte. Il me donne des nouvelles du front. En effet, mon téléphone est mort entre Super Collet et Ferrice. Olivier a arrêté au Pas de la Coche. Nico est tombé dans un trou et a abandonné à Gleyzin, Benoit est second du challenge LURien du 85km, Arthur est sur ces temps de l’an dernier. Lui-même ne pense pas arriver à faire le temps dont il rêvait mais pense quand même faire un bon temps. Comme il a déjà fait le 85 l’an dernier je lui demande de me décrire la suite. Il me dit roulant, sans pierrier, que du facile. OK, je note. Il repart et je pars m’allonger 20min histoire de faire partir les hallus. Je m’équipe pour la nuit et go.

Je crois que je repars en même temps que le spartiate. La lune nous fait un magnifique spot sur la montagne, presque plus puissante que les frontales. On a une jolie vue du ballet des frontales qui arrivent sur Val Pelouse et celles qui grimpent au col de Perrière. Je reste en quelque sorte spectateur de ce spectacle vivant et j’avance serein avec la certitude qu’il n’y aura plus de pierriers et donc peu de douleur jusqu’à l’arrivée.

Puis viens ce passage… oui celui-là… celui où j’ai maudit Biscotte de toute la force de mon âmes à chaque pierre sur laquelle je posais le pied dans ce #]@{\^` de pierrier en descente, mon pire passage de cette course, pas musculaire, mais l’accumulation de douleur au bout d’un moment on sature et c’était le cas. Je m’arrêtais tous les 10 min pour mettre les pieds en l’air en espérant les rendre moins sensibles, mais rien à faire. Le passage à la source fût une libération, enfin ça monte et enfin il y a moins de pierre, mais il faut avouer que ce passage m’a détruit le mental et au lieu de gazer dans la montée, je végète. Je m’arrête 1min à chaque fois que je vois un concurrent me rattraper. Rien à faire, le sommet me semble dans un autre univers. Peu avant le col, je suis rejoint par Benoit qui le félicites et me demande la position de Biscotte, je lui dis qu’il doit avoir quelque chose comme 1h d’avance et qu’il est en grande forme. Puis le laisse repartir.

Au col, je me dit que de toute façon c’est gagné et que même si je dois ramper, il n’y a pas moyen que je ne finisse pas. Le replat, ne m’est pas profitable, je n’arrive plus à courir et me fait dépasser sans cesse. Mais où est donc passer le fier nain de Belegost ? Eh oh, il y a quelqu’un ?

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Nains de Belegost affrontant et tuant Glaurung (roi des dragons) à la bataille du feu subite.

Puis un faux-plat montant et une piqûre de fierté. « Tu peux pas courir mais tu peux marcher et tu peux marcher plus vite et plus vite ! ». Ok, les frontales là-bas derrière moi, pas moyen qu’elles me dépassent. Et me voilà partit pour une nouvelle course dans la course. Cela me fait du bien. Arrivé au sommet, j’ai gagné mon match contre les frontales et je suis à nouveau capable de courir.

Et c’est tant mieux car le début de la descente est un vrai mur. Pas possible de marcher là, il faut courir… je sers les dents (rapport à mes pieds défoncés) et je files aussi vite que je peux. Je dois avouer que je prends du plaisir à courir pour la première depuis Le Pleynet. Je passe au point eau en bas du raidard, on m’annonce ravito à 7km. Quoi ???! encore 7km. Moi qui pensais bientôt arriver. Et Là je me remémore un phrase de Biscotte : « la partie plane avant le ravito elle est interminable ». Aïe ! Bon, je vais bien et faut y aller à ce ravito et je pars dans la descente.

J’arrive sur un chemin forestier, petit embranchement sur la gauche. Descente raide en forêt, virage à droite, faux-plat descendant, virage à gauche. J’arrive sur un chemin forestier, petit embranchement sur la gauche. Descente raide en forêt, virage à droite, faux-plat descendant, virage à gauche. J’arrive sur un chemin forestier, petit embranchement sur la gauche. Descente raide en forêt, virage à droite, faux-plat descendant, virage à gauche. J’ai l’impression de passer toujours au même endroit. J’espère ne pas halluciner. Heureusement des frontales arrivent derrière moi et me dépassent. Je m’accroche, mais je n’ai plus le cœur à courir sur les passages trop plat. Je me sens somnolent et me fouette pour ne pas m’arrêter dormir en forêt. Allez ! Au ravito tu dormiras. Cela me semble durer une éternité. Enfin, j’arrive sur le plat interminable décrit par Biscotte. Je suis un zombi, je repousse les hallucinations de toute la force de ma volonté en ne pensant qu’au ravito. J’en rêve une bonne dizaine de fois et enfin il est là. Le Pontet 47h.

J’ai mis plus de 7h pour faire cette section. Grosso modo toute la nuit, car le jour se lèvera dans 30 min. J’ai perdu 63 places au classement, mais franchement cela ne m’a jamais intéressé. Je ne pense qu’à une chose, dormir ! En arrivant je fais un « C’est où ? » façon tonton flingueur et je demande que l’on me réveille dans 20 min. Je n’arrive pas à dormir mais le repos me fait du bien. Je ressors de la tente à 5h30. Et entre pour mon dernier ravito.

Dans le ravito en lui-même je retrouve notre Sire Arthur, je ne finirais pas devant lui. Ainsi que d’autres personnes qui discutent avec lui. On s’étonne notamment que j’ai pu casser un Guidetti que l’on pensait incassable. Rien ne me résiste sauf le bon acier de Belegost, mais après c’est trop lourd, au moins on peut tuer un dragon avec. Trêve de digression. J’échange quelque mots avec le président du LUR et repars. Dans une dernière poussée de volonté guerrière je me dis que je dois finir la dernière ascension devant notre Sire. Mes jambes sont bonnes en montée, je sers même de locomotive à un concurrent du 85. Ça commence sentir bon l’arrivée. Peu après le point eau l’ami Jean-François me rattrape, je sais que mon baroud est terminé, en temps normal il est déjà meilleur descendeur que moi alors là… Il me dit qu’il va me réserver une bière pour l’arrivée et file.

J’ai sous-estimé la longueur de la descente, je pensais qu’il n’y avait de 500m à dévaler, alors qu’il y en a plus de 1000 et avec parfois des passages de plat. Après une tentative vouée à l’échec de finir en moins de 50h. Je fais binôme avec italien qui finit le 85 et qui attends son ami pour passer l’arrivée ensemble. Nous discutons ultra pendant une bonne demi-heure puis je le laisse partir. Bon. Je vois Aiguebelle, ce sera 51h. Histoire de faire une double référence alcoolique dans mon temps je vais chercher le vin, ah non, le 20. 500m avant la ligne je retrouve le LUR et Biscotte (pas grillée du tout) finit avec moi. Sauf que ses chaussures ne sont pas adapté et qu’il galère à me suivre au moment il me demande de finir en courant. Arrivée en 51h20min.

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Vue de l’arrivée, EB 2013 (crédit Cyrion de Beleriand)

Je m’amuse avec la cloche, j’en ai rêvé de celle-là et passe aux choses sérieuses. Une bière, puis deux, je me sens mieux. Sur ce, Olivier arrive. Biscotte me quitte en nous donnant rendez-vous au repas d’après course à 10h30. Olivier a l’obligeance de m’amener les affaires que j’avais laissé dans la voiture. Je vais prendre une douche. Il fait une chaleur infernale et je n’ai plus de T-shirt propre. Je fini donc avec un gilet sans manche d’un trail concurrents pas vraiment adapté. Je vais m’allonger, le sommeil ne viens toujours pas. Je vais patienter à l’ombre devant le réfectoire avec Olivier. 10h30 c’est toujours fermé. Arthur arrive avec Biscotte, Benoit et Tom. 11h, ça ouvre, nous allons discutons et mangeons. A la sortie de la cantine je repars avec Olivier qui me ramène à Vizille. Une petite bière en terrasse pour refaire les niveaux en papotant et retourne chez lui. Je m’allonge et m’endors dans ma voiture tout en transpirant à grosses gouttes. 16h, je me réveille et retourne à TC.

 

Bilan. Tout est bien qui finit bien. Maintenant nouvel objectif de course, celle qui me fait rêver depuis longtemps le TOR. Plus proche, je vais pouvoir me consacrer à mon défi off perso, le BOL. La Ballade de l’Ouest Lyonnais qui consiste à faire le tour enchaîné des monts du lyonnais, du matin et du beaujolais en une fois soit 280km et 11000mD+.

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